En psychologie génétique ou en psychologique du développement, le syncrétisme est la perception globale des choses qui se développe spontanément chez l'enfant. « Le syncrétisme est une perception ou représentation globale de caractère primitif, marquée par une faible différenciation entre plusieurs éléments. »[1]

La perception de l'enfant ne part pas d'éléments isolés (détails) mais d'ensembles (globaux) qui restent cependant encore flous : « L'enfant pense d'abord par blocs cohérents entiers. C'est ce qu'on appelle le syncrétisme »[2] . Ces ensembles ne sont ni analysés, ni construits, ni organisés, ni structurés. Les rapports entre le détail et la globalité de l'objet ne sont pas conscients. Ces ensembles sont perçus « syncrétiquement »[3].

Avant sa signification actuelle dans le domaine de l'histoire des religions, Renan a emprunté le terme de syncrétisme à la théologie et à la philosophie[4]. Le terme a été ensuite repris en psychologie par Claparède, Jean Piaget. Lev Vygotski et Henri Wallon[5].

Sommaire

Déterminations du syncrétisme en psychologie

Origine de l'expression en psychologie

Le terme de syncrétisme dans ce domaine a été employé pour la première fois par Ernest Renan dans L'avenir de la science (1883) pour designer l'appréhension plus ou moins confuse d'un tout[6] : « une démarche de l'esprit générale, compréhensive mais obscure, inexacte ou tout est en tassé sans distinction »[7]. Ce concept a été repris comme tel par Édouard Claparède en 1908[8], puis plus tard à sa suite Jean Piaget dans les années 20, et de manière plus poussée dans la complexité par Henri Wallon.

Les observations et les résultats expérimentaux similaires sur ce phénomène sont conséquents[9] (listes non exhaustives) :

  • Ribot, T. (1887). L'évolution des idées générales (p. 39). Paris, 1897 (cf lois d'association in intelligence)
  • Lévy-Bruhl (1910). Les fonctionsmentale dans les sociétés inférieures (p.110). Paris
  • Bergson, H (1917). Matière et Mémoire (p.180).
  • Cresson, A (1922). Les réactions intellectuelles élémentaires.
  • Pierre Janet et Georges Dumas, Journal de psychologie normale et pathologique, Presses universitaires de France, 1924
  • Dewey, J. (1925). Comment pensons nous. Paris (trad par O. Decroly)
  • Werner, H (1933). Einführung in die Entwicklungspychologie. Leipzig
  • Segers, J.-E. (1939) Psychologie de la Lecture et l'initiation à la lecture par la méthode globale. Anvers

Claparède montre que l'enfant a une perception globale mais que celle-ci reste floue[8]. La « perception syncrétique » correspond chez lui un stade perceptif :

  • La perception visuelle et la fonction syncrétique chez l'enfant. Archives de Psychologie. Vol. 7. 1908. p.195.
  • Psychologie de l'Enfant et Pédagogie expérimentale. Genève - Paris 1922. p. 522
  • Sur la percpetion syncrétique. L'Éducateur. 7 fév. 1925. p.42
  • A propos d'un cas de perception syncrétique. rchives de Psychologie. Vol. 26. 1938. p.367

Revault d'Allonnes parle de « schématisme ». Mais, ce phénomène implique cependant une analyse préalable et suppose une synthèse consciente chez l'enfant :

  • Revault d'Allonnes G. L'attention. ds G. Dumas, Traité de Psychologie. Tome 1. Paris. 1923. p.846
  • La shématisation. ds G. Dumas. Nouveau traité de Psychologie. Tome IV. Paris 1934. p. 161

La méthode globale en pédagogie d'Ovide Decroly a été inspirée par ses études en psychologie sur la perception syncrétique : La fonction de globalisation et l'enseignement (1929). Il montre que « l'enfant globalise plus aisément qu'il analyse »[10]. La « globalisation » est confirmée par Clapérède entre autres :

  • Jonckheere, T. Note sur la psychologie des enfants arriérés. A propos de la mémoire d'un arriéré mental. Archive de Psychologie. Vol. 2. 1903. p.253
  • Dr Simon, Th. Observation d'un timbre poste à l'École Maternelle et conclusion générale sur l'observation des enfants. Bulletin de la société libre pour l'étude de l'enfant, 19013, p.208 et 231
  • Segers, J.-E., Laperception visuelle et la fonction de globalisation chez les enfants. Bruxelles, 1926
  • ...

Ce phénomène de globalisation est également confirmé par les expérimentations de Jean Piaget.

  • La Causalité physique chez l'enfant en 1927
  • Le langage et la pensée chez l'enfent en 1924
  • Le jugement et le raisonnement chez l'enfant en 1924

Lev Vigotski discute dans Histoire du développement des fonctions psychiques supérieures (1928-1931) et Pensée & Langage (1934) du syncrétisme chez l'enfant qui est en rapport avec le concept d' « égocentrisme » de Piaget :

« Le syncrétisme est pour Piaget, on l'a dit, comme d'ailleurs les autres traits de la logiques enfantines, le résultat direct de l'égocentrisme de l'enfant. »[11].

Henri Wallon met aussi en avant les « confusions syncrétiques » chez l'enfant dans ses études :

  • Les origines du caractère chez l'enfant (1934)
  • La vie mentale (1938)
  • L'évolution psychologique de l'enfant (1941),
  • De l'acte à la pensée (1942)
  • Les origines de la pensée chez l'enfant (1945),
  • De l'acte à la pensée - essai de psychologie comparée (1949).

Le syncrétisme complexe de la petite enfance chez Henri Wallon est proche de la notion d' « égocentrisme » de chez Jean Piaget[12][13], mais la dépasse dialectiquement. Il présente aussi un certain rapport avec le terme de « condensation » chez Freud[12]